Entretien avec Rougui Sow

Entretien avec Rougui Sow

Portrait d’une sauteuse en longueur à l’accent américain. 

Rougui Sow est arrivée au Stade Sottevillais 76 par le biais de ses études. Originaire du Havre, la jeune sauteuse débarque alors à Rouen pour suivre ses études dans une prépa Sciences Po. Très vite, Rougui a su se faire remarquer. Elle fait alors ses premières sélections en Equipe de France sous l’œil attentif du coach Arnaud Bunel. Désormais, l’athlète vit et s’entraîne aux Etats-Unis où elle s’est expatriée depuis trois ans. Pour autant, à 24 ans, Rougui porte toujours fièrement les couleurs du Club depuis la Floride.

Notre entretien avec Rougui.

Cela fait désormais trois ans que tu vis aux Etats-Unis, pourquoi ce choix ?

J’avais du mal à gérer mon double projet scolaire et sportif. Avec mon entraîneur de l’époque, j’ai donc décidé de partir aux Etats-Unis, dans une fac américaine. J’ai pu décrocher une bourse sportive qui me permettait d’allier mon projet pro et perso.

Ton acclimatation s’est-elle faite facilement ?

Cela a été un peu difficile et en même temps très facile. Les américains ont été très gentils, très ouverts donc au niveau culturel ça passait. Au niveau de la langue, c’était un peu plus compliqué car les américains ne parlent pas anglais mais américain ! Au bout de deux, trois semaines ça se passait très bien donc ça allait. Encore une fois c’est une nouvelle forme de travail, c’est une vie qui est totalement différente mais quand on en a vraiment envie, l’adaptation se fait plutôt facilement.

Peux-tu nous dire un mot sur ta vie d’étudiante ?

J’ai eu mon bachelor l’année dernière. Cette année, je prépare un master en affaires internationales en Floride. Je vais avoir mon diplôme au mois de décembre. Après, je pense que pour l’année des Jeux je serai beaucoup plus proche de la France.

C’est quoi la journée type de Rougui Sow ?

Alors une journée type commence par les cours. Ensuite, en général j’ai entraînement à 14h. De 14h à 17h, c’est entrainement et musculation. De 17h à 18h, c’est la récupération donc tout ce qui est kiné et massage. Ensuite on mange jusqu’à 19h. Puis c’est le « study-home », donc là c’est le moment des devoirs et de la préparation pour le lendemain. Ce sont des longues journées mais c’est bien organisé et du coup ça te permet de bien gérer les deux sans problème.

Cet été, tu as été médaillée d’Argent aux Championnats de France Elites. Peux-tu nous faire un retour sur ta fin de saison ?

J’ai fini ma saison fin août avec le Meeting de Madrid. Je n’ai pas fait les minima de 6,72m pour les Championnats du Monde de Doha. J’ai eu pas mal de soucis cette saison avec beaucoup de nouveautés comme un nouvel entraîneur, par exemple. Mais surtout, le plus gros problème concernait ma vision. Je ne voyais pas très bien et au final on m’a donné des lentilles qui n’étaient pas du tout bonnes et on s’est rendu compte de cela deux semaines avant les Élites. On est allé voir un orthoptiste, et c’est là qu’il s’est rendu compte que cela fait un an que j’ai des lentilles qui me font voir flou, donc c’était forcément compliqué (Rires). J’ai donc sauté plusieurs fois à 6,49m dans la saison. Mais du coup à deux-pieds de la planche quand tu fais le calcul au final c’est plus que les minima. J’ai réussi à avoir des lentilles une semaine avant les Élites mais le temps de se réaccommoder, d’apprendre à mon corps à être sur la planche, j’ai gaspillé du temps. C’était compliqué, parce que mon corps s’est tellement habitué à ne pas être sur la planche. C’est dommage de ne pas avoir été prise aux Championnats du Monde. Pour autant, je suis confiante pour l’année des Jeux et j’ai les preuves que je suis capable de sauter à 6,80m !

Le grand objectif des Jeux Olympiques est clairement affiché !

Absolument !

Passons maintenant à ton portrait sottevillais.

Te souviens-tu de ta première victoire ?

Ma première victoire ? Je crois que c’était lors d’un cross UNSS. Qu’est-ce qu’il était dur ce cross ! C’est un cross que j’ai gagné par fierté parce qu’il y avait mon père à la finale. C’était mon tout premier cross où j’ai sprinté les premiers 100m. C’était vraiment un sprint « pleine balle ». Je ne connaissais rien à l’athlé donc du coup j’étais devant et je me suis rendue compte qu’en fait la ligne d’arrivée était encore trop loin. Ceux qui me connaissent bien savent que l’endurance n’est pas mon fort. Et là, je me tourne et je vois mon père qui est à 200 ou 300m de l’arrivée. Et j’étais très loin derrière et là je me suis remise en sprint pour ne pas le décevoir.

Accordes-tu de l’importance aux victoires ?

Alors au tout début, je pense que les victoires étaient plus importantes pour moi. Quand tu es jeune, ça fait toujours plaisir de gagner. Avec le temps, c’est un peu moins important que la performance évidement parce que tu peux gagner un championnat, si derrière tu n’as pas sauté très loin… ça ne sert à rien. Et après au final, le plus important c’est de gagner certains grands championnats.

Quel est ton pire souvenir en athlétisme ?

L’athlé ce sont des moments de bonheur comme de tristesse. Le pire souvenir ? Je crois que ce sont les Jeux Méditerranéens il y a deux ans, où je me fais éliminer en série. Je me sentais super bien à l’échauffement et à l’arrivée, en série, je n’arrivais plus à sauter. Se faire éliminer en série ce n’est vraiment pas facile.

En réfléchissant, je pense que mon pire souvenir c’est ma non-sélection aux Championnats du Monde il a deux ans. Ça m’a franchement fait de la peine parce que j’avais fait 6,72m, j’étais Championne de France, donc j’étais au meilleur de ma forme. Les minima français étaient de 6,75m. J’étais à l’époque 12e mondiale et je n’ai pas été sélectionnée. Quand tu regardes le mondial et que tu fais le calcul, sur toutes les personnes sélectionnées, en gros il n’y avait que moi qui n’était pas sur la liste. Ça c’était vraiment très frustrant.

Quelle serait ta première décision en tant que Présidente du club ?

C’est une très bonne question… Je pense qu’honnêtement notre président et le staff font un bon travail. Ce qui est bien c’est d’essayer de rassembler des petits clubs pour faire un plus grand club pour avoir plus d’influence au niveau de la région et pour pouvoir avoir plus de fonds et donc plus de projets.

Si nous devions renommer le stade Jean Adret, quel nom proposerais-tu ?

C’est une bonne question. Je dirais Philippe Bunel. Il a toujours été au stade. Ou même Christian Feuillepain. Ce sont des gens qui ont marqué le club.

Quel athlète aurais-tu rêvé d’affronter ?

Notre recordwoman de France, Eunice Barber. Ce serait un rêve de l’affronter. Elle a été très forte et a eu une carrière de dingue et ça aurait été un honneur de faire une compétition avec elle.

Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

Si je devais en emporter un seul, je prendrais Les principes du succès de Jack Canfield. Je lis beaucoup mais plutôt des livres d’affaires internationales, c’est moins intéressant. Du coup, quand j’ai le temps, j’aime bien lire surtout l’été, quand je n’ai pas cours. 

Si tu devais convier quatre personnes connues à un dîner, quelles seraient-elles ?

Déjà, j’aimerais bien rencontrer Michelle et Barack Obama. J’aimerais acheter son livre quand j’aurai un peu plus de temps. J’inviterais aussi Eunice Barber, Martin Luther King, Rosa Park et Léopold Sédar Senghor. Ce serait génial !

Quel est ton sport préféré hors athlétisme ?

En fait, j’aime tout. J’aime bien le basket. Je pense que si je ne faisais pas de l’athlétisme je ferais du basket.

Quelle est la qualité que tu apprécies le plus chez les autres ?

L’honnêteté.

A l’inverse, quel est le défaut qui te rebute le plus ?

Les gens égoïstes. Je ne supporte pas l’égoïsme. Les égoïstes et les hypocrites je les mets ensemble.

Merci Rougui ! 

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